American Rhapsody


 
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Mardi, janvier 20 2009

Thank You, America.

Et à huit heures j'ai retrouvé la bande au pub étudiant. Muffins et café gratuits, formules petits déjeuners et mimosa à $2, toutes les télés sur CNN avec le son. Je pourrais vous raconter en détail, comment on a applaudi à s'en rompre les mains, surtout quand l'hélicoptère qui débarassait le plancher de la famille Bush a décollé, comment on a hué Rick Warren, l'obséquieux pasteur homophobe qui a fait le premier sermon, comment le chapeau d'Aretha Franklin (qui a chanté My Country, 'Tis of Thee, cf. mon billet d'hier pour l'histoire de cette chanson) roxait des ours polaires, comment je suis surprise que les doigts d'Itzhak Perlman et de Yo-Yo Ma ne soient pas tombés raides de froid, comment j'ai eu envie d'étrangler la personne qui a annoncé « Barack H. Obama » de peur de prononcer « Hussein », comment Elizabeth Alexander a massacré son propre poème en le lisant de la pire façon qui soit, comment Obama a inclus jusqu'aux non-croyants dans son discours.

Mais ce que je retiendrai de cette journée, c'est qu'un voile vient de se lever sur les années négatives, suscpicieuses et centrées sur la peur dans lesquelles étaient plongés les États-Unis depuis le 11 septembre 2001 ; qu'un président porteur d'espoir, au message positif, est à la tête du pays. Nous, les enthousiastes, ne sommes pas dupes : rien ne va changer du jour au lendemain et Obama n'est pas un magicien. Que les plus cyniques (dont je ne fais, pour une fois, pas partie) se gaussent ; mais si on ne commence pas par y croire un peu et que l'on préfère rester les bras croisés à se morfondre que le pouvoir, tous des pourris, les Américains, tous des beaufs, les fans d'Obama, un tas de beaux-rêveurs qui vont bientôt tomber de haut... on prend la voie la plus facile, et on est bien certain de ne rien améliorer du tout. D'ailleurs, ces mêmes cyniques ne disaient-ils pas qu'on se mettait le doigt dans l'œil si l'on pensait qu'Obama puisse être élu président ?

(Et aussi, en vrac : il est noir, enfin, métis ; il est Démocrate ; il est cultivé ; il sait parler.)

Here's to you, President Obama.

Obama prête serment

Ce qui conclut le neuvième et dernier grain de sable des sabliers givrés organisés par Kozlika, sur une amorce choisie par Mavie, en provenance du billet Tout est vrai d'Anna de Next Exit.

Potion d'espoir

Amener le tout, dans l'ordre inverse, au mémorial Lincoln, celui-là même devant lequel Martin Luther King Jr. avait fait son fameux discours I Have a Dream. La veille du jour où l'anniversaire de ce dernier sera célébré à travers tous les États-Unis. Symbole, symbole.

Commencer par l'hymne national chanté par un sergent-major café au lait à la voix magnifique (on pourrait l'avoir lui plutôt que Jennifer Hudson pour le Superbowl ? Dites ?).

Ensuite, faire alterner des acteurs et des musiciens. Tous très célèbres, mais en mélangeant bien. Les acteurs (noirs, femmes, mexicains, indiens...) feront de beaux discours et évoqueront des personnages importants de l'histoire américaine. Afin de bien faire remarquer que le président-élu n'est pas très blanc, faire en sorte que trois d'entre eux soient parmi les quatre premiers noirs américains à avoir reçu un Oscar du meilleur acteur[1].

Denzel Washington introduira le thème de l'heure et demie qui suivra : We are one, « nous sommes un », référence directe au We, the people, « nous le peuple » qui ouvre la Constitution. Laura Linney[2] montera sur scène avec Martin Luther King III, fils de. Ils évoqueront Franklin Delanoe Roosevelt et la Grande Dépression. Steve Carell et Jamie Foxx citeront, eux Thomas Jefferson et Robert Kennedy. Jamie Foxx en profitera pour faire une petite imitation de Barack Obama. Tom Hanks, quant à lui, se contentera de prendre son air le plus grave et de lire des extraits du film Lincoln Portrait tandis que l'orchestre en gants blancs (je te jure !) jouera la musique d'accompagnement, musique donc qui avait été bannie de l'inauguration d'Eisenhower en raison des vues un peu trop à gauches du réalisateur. Citations à souhait, of the people, by the people, for the people, « du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Maria Tomei (mais si, dans Mon Cousin Vinny) fera un court discours sur l'égalité.

Puis, juste quand le public menaçait de se fatiguer de tous ces acteurs, faire monter Joe Biden sur scène, avec un beau discours sur le travail, le respect et la dignité.

Reprendre les acteurs, avec Queen Latifah, qui racontera l'histoire de Marian Anderson, cette chanteuse noire qui en 1939 avait été privée de chanter My Country, 'Tis of Thee au Washington Hall par les Daughters of the Revolution en raison de la couleur de sa peau, pour ensuite être invitée par Eleanor Roosevelt à chanter sur les marches du mémorial Lincoln. S'assurer que quand ils monteront sur scène juste après, John Grobam et Heather Hedley chanteront justement My Country. 'Tis of Thee

George Lopez et Ken Penn, eux, parleront de « célébrer nos différences ». Tiger Wood, qui n'est pas un acteur mais un golfeur, c'est bien aussi, parlera du dévouement de ceux qui servent leur pays (sous-entendant de façon à peine voilée que pour les remercier, ça serait sympa de ne pas les envoyer se faire massacrer pour que pouik en Irak, merci). Jack Black, qui sait être sérieux, et Rosario Dawson, parleront des parcs nationaux et de la protection des richesses de la nature. Ashley Judd et Forest Whitaker, eux, évoqueront le rôle des artistes en citant, je pense, Roosevelt. Enfin, Samuel L. Jackson évoquera Rosa Park, la dame qui avait refusé d'aller s'assoir au fond du bus, et Samuel L. Jackson, quand il cite quelqu'un, ne serait-ce que Rosa Park, et que tu as trop regardé Pulp Fiction, tu te tiens à carreau, crois-moi.

Pour finir, la dernière personne à parler sera bien évidemment Barack Obama, qui reprendra ses thèmes favoris, remerciements, le rêve américain, l'espoir, le changement, les difficultés, les Américains qui rendront ça possible.

Les musiciens musiqueront avec des paroles qui prennent à la gorge, et monteront parfois sur scène en associations improbables. Betty LaVette et Jon Bon Jovi chanteront ensemble A Change Is Gonna Come. James Taylor (coiffé d'une magnifique chapka), John Legend et Jennifer Nettles interpréteront de concert Shower the People. Herbie Hancock, Sheryl Crow et will.i.am donneront un magnifique One Love, franchement, si ça arrive sur Youtube, il vous faudra regarder ça ...let's get together and feel alright... Edit 20/01/2009 : Bah voilà, suffisait de demander. Stevie Wonder, Usher et Shakira (presque pas décolletée) monteront sur scène ensemble pour Higher Ground, au plus grand plaisir de la famille Obama. Enfin, Bruce Springsteen, Pete Seeger et Tao Rodriguez-Seeger (petit-fils du précédent) chanteront ensemble This Land Is Your Land.

Afin de mélanger les genres un peu plus, on fera aussi venir sur scène Bruce Springsteen seul (il me semble bien, d'ailleurs, que lui sera au Superbowl pour le concert de mi-temps...), puis Mary J. Blige, John Cougar, Renée Fleming (oui, la cantatrice), et Garth Brooks (un chanteur de country très, très célèbre, promis).

Pour donner une dimension internationale à l'affaire, faire chanter U2 juste avant que Barack Obama ne parle. Laisser Bono dire combien il est content, en tant qu'Irlandais, de monter sur scène pour rendre hommage au monsieur.

Finir en beauté avec Beyoncé et l'ensemble de tous les chanteurs et causeurs précédents (élus exclus) sur America the Beautiful.

Enfin, montrer la famille Obama serrant les mains de tous ce beau monde, sans oublier le sourire béat des fillettes.

Bien mélanger pour que ça soit bien huilé dans les angles, servir frais (Washington D.C. en janvier, ça tombe facilement en dessous de zéro), et ça donne ça.

P.S. : Il a eu une cérémonie d'inauguration, l'homme aux talonnettes ? Une à laquelle les gens se soient intéressés ?

P.P.S. : Et maintenant que j'ai mis en ligne, je vais aller regarder l'inauguration, la vraie, pas une des cérémonies pré-inaugurales, celle ou Joe Biden et Barack Obama seront couronnés vice- et maître du monde, respectivement. Avec un concert de John Williams, Itzhak Perlman, Yo-Yo Ma, Gabriela Montero et Anthony McGill. J'ai mes mouchoirs en papiers. (Et aussi, j'ai super mal dormi : l'impatience. J'ai même rêvé que finalement c'était McCain qu'on inaugurait, et les gens me disaient « tu ne croyais quand même pas que le black avait vraiment gagné ! ».)

Ce qui conclut ma participation au huitième grain des sabliers givrés, sur une annonce choisie par moi-même, bien avant que je n'aie la moindre idée de quoi en faire — et avant d'avoir regardé We Are One, en fait.

L'amorce vient d'un texte originellement écrit par Lola, Potions Magiques.

Notes

[1] Denzel Washington, Jamie Foxx, Forest Whitaker (le quatrième étant Sydney Poitier, qui du haut de ses quatre-vingt-deux ans ne sort plus tellement en public)

[2] que, personnellement, j'aime beaucoup. Regardez donc The Squid and the Whale (Les Berkman se séparent. Non, ne cherche pas) et The Savages (La famille Savage.)

En ce moment

Je lis

Terry Pratchett, Tonino Benacquista, Marguerite Duras (mais pas tout en même temps).

J'écoute

Minor Majority, Of Montreal, Nina Simone, Angelfish, Léo Ferré, The National, Sarah Vaughan, The Ditty Bops, Absynthe Minded, Mozart, Stamitz, Bill Evans, The Asteroid Galaxy Tour.

Je suis

occupée ouh là beaucoup très très, enchantée par Oscar Wilde (One should always be a little improbable), vaguement improbable, toujours aussi liberté, égalité, schtroumph 1er (merci Plantu).

Pensée profonde

"Partir, c'est mourir un peu. Mais mourir, c'est partir beaucoup."
[Alphonse Allais]

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# Tempus Fugit

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