American Rhapsody


 
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[Krazy Kitty sur Twitter]

Dimanche, septembre 2 2007

Un très long week-end (et toujours pas l'ombre de fiançailles)

Donc pour bien commencer, j'ai plus de son sur mon ordinateur. Je n'ai pas encore déterminé si c'est logiciel ou matériel, probablement parce que je sais que si c'est matériel, je pleure.

Dans le bureau d'Advisor, de préférence, pour me faire acheter une nouvelle bécane par le labo.

Quoi ?

De toute façon c'est pas si grave, de pas avoir le son, vu qu'avec le boucan que fait le ventilateur dans ma chambre, j'entends que dalle.

Et puis j'ai reçu un message du Blondinet étant arrivé sans problème à Newark[1], réussi à boucler mon boulot de vendredi cette après-midi, à aller à la bibliothèque avant qu'elle ne ferme - une aventure vachement angoissante ceci dit, surtout avec la bibliothécaire qui éteignait les lumières derrière moi les unes après les autres, brrr...

Et y avait quasiment pas la queue à la supérette.

Je devais payer pour ça.

Je suis tombée sur le thésard à la planche (oui, le type énervant de la note précédente) qui skate boardait nonchalamment dans le quartier. Avec sa chemise fermée par un seul bouton, ce qui doit être sa tenue de week-end. Et qui m'a tenu la jambe pendant la moitié du trajet retour (jusqu'à ce qu'il commence à avoir peur de s'être perdu, ou que mon animosité ait été trop manifeste, allez savoir. J'ai aussi réussi à faire comprendre que je n'aimais pas beaucoup beaucoup le petit énervé qui pète le boulard à l'Elysée, et mon manque évident de patriotisme - pour ne pas dire mon apparente connivence avec le Communisme, le Nihilisme, l'Anarchie, le Satanisme et l'Intellectualisme - l'a probablement choqué.). Ce qui m'a permis d'apprendre sur lui les choses suivantes :

  • Il craint qu'Advisor ne réagisse mal à un souci technique (alors que ce n'est même pas de sa faute), parce que sa mère est très exigeante et totalement irrationnelle dans ses exigences. Je l'ai rassuré sur la santé mentale d'Advisor - pas sur celle de sa mère, hélas. Je ne me suis pas aventurée à lui expliquer qu'il ne semble pas très sain de confondre Advisor et sa propre mère et que nous ne sommes pas une grande famille for hell's sake parce que j'ai eu peur d'en apprendre plus sur son enfance malheureuse.
  • Il skate boardait nonchalamment dans le quartier pour oublier qu'un(e) ami(e)[2] l'avait blessé en ne retournant pas son coup de téléphone. Je lui ai dit que son ami(e) avait probablement une excellente raison de ne pas avoir rappelé (tout en pensant que c'était pour éviter de se faire bassiner).
  • Il a décidé d'arrêter de lire les infos parce que c'est une mauvaise habitude, qu'il préfère se consacrer à sa science et qu'il sait déjà pour qui il va voter. Là je lui au quand même fait savoir que bon, être vaguement informé de ce qui se passe dans le monde peut difficilement être considéré comme une nuisance et que même si tu t'en fous ce qui n'est déjà pas joli-joli sur le plan citoyen[3], tu peux au moins le considérer comme une émulation intellectuelle et t'en servir pour ouvrir ton esprit à autre chose que ta thèse, ce qui te permet de prendre du recul par rapport à tes activités journalières, ce qui est bien.

Du coup je m'en vais de ce pas m'échouer sur mon lit telle la baleine sur le rivage (mais avec un bouquin et des grilles de sudoku) et le prochain qui me parle de molécules je le tape. Avec Birgit[4] da Bat (c'est la cousine américaine de Betty la batte et non pas une chauve-souris).

Notes

[1] Ce qui est un peu beaucoup étonnant parce que ce garçon attire la poisse - il faut bien contrebalancer le fait de m'avoir comme petite amie...

[2] L'anglais ne fait pas la différence et je me suis bien garée de m'enquérir plus avant

[3] mais bon les Américains n'aiment pas vivre en société, il leur faut supporter les autres, quant au concept d'entraide - entre quoi ? - il est complètement dépassé - oui je caricature, mais bon, des fois, les gens, ils poussent aussi

[4] Et je vous ai épargné Boand, prénom irlandais signifiant vache blanche

Un long week-end (sans fiançailles)

Évidemment, la loi de Murphy a encore frappé vendredi, en m'entraînant dès le matin dans les méandres d'une conversation de plus en plus houleuse et agressive avec un de nos nouveaux thésards (et pourtant, j'adore les nouveaux thésards : c'est l'espoir où jamais d'avoir quelqu'un pour vous filer un coup de main dans vos projets, et mon côté maternisant aime beaucoup répondre aux questions de petits bleus perdus).

J'avoue que le style je suis un mec cool et il faut que ça se voie, des cheveux longs crades et emmêlés à la chemise ouverte jusqu'à la moitié du torse (lisse) en passant par le skate board géant m'avait un peu rebutée avec celui-là : je suis aussi sensible aux apparences, que voulez-vous, je ne suis pas parfaite. Bon, bref, le problème, c'est que ça c'est pas arrangé quand il a ouvert la bouche. Mais je suis une fille sympa, moi, et quand je rencontre un mec qui va faire partie de mon labo que je le veuille ou non, même s'il ne me plaît pas des masses, je suis polie et j'essaie de passer outre.

Chose que j'avais réussi à faire brillamment jusqu'à ce moment de la conversation où j'ai osé mentionner que l'Orange County[1], c'était pas mon truc. Oh là, que n'avais-je pas fait ! On aurait pu croire que j'avais insulté le jardin d'éden en présence de Dieu le Père (ou le Fils, allez savoir, de toute façon, c'est le même). Comment pouvais-je dire ça en présence de Newport Beach, Laguna Beach et Disneyland ? Il m'a donc fallu justifier, ce que j'ai fait en invoquant l'artificialité du coin (et sans résister à lui demander s'il n'était pas un peu vieux pour Mickey). Ce qu'il m'a intimé de retirer. L'artificialité, pas Mickey. Ce que j'ai refusé de faire, parce que, faut quand même pas déconner. À quel point il m'a fait savoir que ça faisait trois ans qu'il planifiait pour venir s'installer ici et n'en ressortir que pour Thanksgiving et Noël, et que la France, qu'il avait beaucoup aimé ceci dit lors de ses séjours ici, ça n'avait rien de comparable. Et, effectivement, même Saint-Tropez n'a rien à voir avec l'Orange County, soyez rassurés, il n'y a qu'un seul Orange County dans le monde et il se trouve à 9000 km de Paris.

Enfin, la diplomatie a repris le dessus avant que je ne me fâche vraiment, mais j'ai de moins en moins envie de croiser ce type dans les couloirs.

Je pourrais dire que la loi de Murphy a continué de faire son office en poussant la nana qui me doit des données depuis plus de deux mois à me les envoyer vers midi, mais il fallait s'y attendre, vu qu'une réunion est prévue mercredi entre sa directrice, Advisor, et un certain nombre d'entre nous pauvres thésards, et qu'à cette occasion j'ai pu rappeler que je n'avais rien pu faire sans lesdites données. Oh, la joie de tout laisser tomber pour s'occuper en urgence de ce projet !

Je pourrais aussi dire que c'est à cause d'elle (la loi de Murphy, pas la chimiste flemmarde) que l'électricité a sauté vers 13h. Sur tout le campus. Et quelques unes des résidences. Mais non, ça, c'est juste de la pure incompétence. Depuis que je suis arrivée sur ce campus, chaque fois que la température extérieure dépasse 92F (soit 33C) suffisamment longtemps, la clim sur-consomme et l'électricité saute. Mais lire les prévisions météorologiques et agir en conséquence, c'est trop demander à la bande d'incapables qui régit les technicités de l'université.

Et donc, pif paf pouf, réglé comme du papier à musique, plus de courant. Plus de lumière dans les bâtiments (ça tombe bien, je devais passer à la bibliothèque, qui n'a pas de fenêtre, et où de toute façon les emprunts sont régis par ordinateur), plus d'ordinateurs (et les ordinateurs aiment être subitement privé de jus au milieu d'une session), plus de réseau, plus de courrier électronique. Je suis donc rentrée chez moi (sous une petite température de 35C à l'ombre, et pas l'ombre de la queue d'une... ombre), d'où j'ai pu suivre les progrès de l'équipe technique une fois qu'un peu d'ordre fut revenu. L'électricité est revenue vers 14h15. Le réseau fut rétabli vers 14h30. Le courrier électronique, vers 14h45. Le cluster[2], dans la soirée (et tant pis pour les calculs qui prennent 6 jours que j'y avais lancés et qui devaient se finir ce week-end). Le câble, dans la matinée de samedi.

Et ce qui tombe vachement bien, c'est que je ne savais pas que faire ce week-end. Mais c'est que je vais pouvoir aller au bureau, relancer ma machine, et faire ce que je n'ai pas pu faire vendredi après-midi !

Enfin je me plains, mais il y a un avantage quand même.

L'avantage, c'est la clim. Parce que là, j'en peux plus. Il est dix heures du mat' et il fait déjà 32C. Le ventilateur m'empêche tout juste de cuire dans mon jus. Je maudis l'absence de climatisation dans ces bâtiments qui n'ont rien, mais alors rien de prévu contre la chaleur (y a même pas de volets) alors que de l'autre côté de la route, c'est le désert. J'ai dormi par plages de vingt minutes, me réveillant à chaque fois en sueur, alors que la fenêtre de ma chambre était ouverte et le ventilateur dirigé sur moi (et je ne vous raconte même pas la première partie de la nuit, avant que le Blondinet qui a pris ce matin très très tôt un avion pour l'Allemagne et qui était du côté ventilateur ne se lève - je suis jalouse, non seulement il va en Europe, en plus à 200 km de la France (bon, d'accord, 200 km de Sedan), mais en plus il échappe en partie à la canicule). Donc je prévois d'aller me barricader dans mon bureau (ce malgré la conséquente suée subséquente à la marche alerte vers ledit bureau dans des conditions déjà décrites plus haut) et de n'en sortir que pour aller à la bibliothèque (climatisée) et à la supérette (très climatisée) en espérant que mon retour aux alentours du coucher du soleil sera plus supportable.

Hier, d'ailleurs, je me suis réfugiée avec le Blondinet dans une salle de cinéma pour échapper à la chaleur et nous avons enfin vu Two Days in Paris. Nous ne pouvions pas laisser passer l'histoire de cette Française qui amène sont petit ami Américain pour deux jours à Paris... au début du film, je souffrais même d'une identification très intense avec le personnage de Julie Delpy (et si quelqu'un vous dit que j'ai pleuré devant les images de la gare de Lyon accompagnées du "tu tu tu" qui précède toutes les annonces par haut-parleur, ce n'est pas vrai, j'ai juste serré très fort mon accoudoir).

WOW WOW WOW les gens on vient juste d'avoir un tremblement de terre là. Rien n'est tombé mais ça a carrément bougé. Et ça a bien fait du bruit, aussi. Mais quel p*tain de week-end !

Ah oui, donc, Two Days in Paris. J'ai franchement plus apprécié l'aspect anecdotique, les instants de vie d'une Française qui fait découvrir la France à un Américain, d'un Américain qui ne parle pas français débarquant à Paris, d'un homme qui découvre la famille et les amis de sa petite amie... que la morale même de l'histoire. Et j'ai trouvé les explications / analyses en voix off très, très ennuyeuses. Mais de façon générale, je déteste ça dans les films, j'ai l'impression qu'on pense que je suis trop stupide pour comprendre la situation si on se contente de me la montrer.

Interruption des programmes : Détails sur le tremblement de terre sur le site de l'USGS (United States Geological Survey) : magnitude 4,7 et à environ 50 km d'ici.

Pour en finir avec ce film, le Blondinet a reconnu que rencontrer ma famille et mes amis, tout en se trouvant pour la première fois en Europe et dans un pays dont il ne parle pas la langue, c'était carrément pas aussi difficile que dans Two Days in Paris.

Bon, je m'en retourne à m'efforcer de ne pas mourir d'un coup de chaleur. Et toutes mes félicitations à ceux qui ont lu l'intégralité de mes élucubrations.

Notes

[1] le conté où je vis, je rappelle

[2] ou grappe d'ordinateurs, tout plein de machines sur lesquelles faire plein de calculs en même temps

En ce moment

Je lis

Terry Pratchett, Tonino Benacquista, Marguerite Duras (mais pas tout en même temps).

J'écoute

Minor Majority, Of Montreal, Nina Simone, Angelfish, Léo Ferré, The National, Sarah Vaughan, The Ditty Bops, Absynthe Minded, Mozart, Stamitz, Bill Evans, The Asteroid Galaxy Tour.

Je suis

occupée ouh là beaucoup très très, enchantée par Oscar Wilde (One should always be a little improbable), vaguement improbable, toujours aussi liberté, égalité, schtroumph 1er (merci Plantu).

Pensée profonde

"Partir, c'est mourir un peu. Mais mourir, c'est partir beaucoup."
[Alphonse Allais]

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